Le nombre de substances rejetées dans les milieux aquatiques ne cesse de croître, et mesurer les concentrations en polluants dans l'eau devient de plus en plus complexe. L'écotoxicologie, qui vise à étudier directement l'effet des polluants à différents niveaux de complexité biologique (cellule, organisme, etc.) en intégrant la variabilité temporelle pourrait améliorer la surveillance des milieux aquatiques. En pointe sur le sujet, l'Ineris vient de publier une nouvelle étude en partenariat avec l'Inra et l'université de Lyon. Les chercheurs sont parvenus à démontrer, en laboratoire, le lien entre la génotoxicité d'une substance et les troubles sur la descendance chez le poisson, en l'occurrence l'épinoche à trois épines. HAP, molécules anticancéreuses, produits phytosanitaires : de nombreuses substances rejetées dans le milieu sont considérées comme potentiellement génotoxiques, c'est-à-dire pouvant interagir avec l'ADN en altérant sa structure ou sa fonction et perturber la transmission de l'information génétique. Cette étude met donc en évidence le lien direct entre une exposition à un type de substances et les conséquences sur l'espèce (anomalies de la descendance pouvant affecter la survie). Reste maintenant à valider la pertinence environnementale des résultats obtenus en laboratoire, la partie la plus complexe, tant les interactions peuvent être diverses. L'Ineris prévoit donc de poursuivre ses travaux dans des mésocosmes, des écosystèmes artificiels, installés en région parisienne. L'enjeu est d'envergure : « Cela nous permettra de développer ensuite de nouveaux indicateurs pour évaluer la qualité de l'eau », détaille Wilfried Sanchez, en charge de l'étude. Ce projet s'inscrit en effet dans le programme Doremipharm qui vise au développement d'outils robustes d'évaluation du danger des substances pharmaceutiques pour les milieux aquatiques. Pour l'instant, ce type d'indicateur n'est pas intégré dans la surveillance officielle des milieux aquatiques de la directive-cadre sur l'eau. Elle se compose d'analyses du peuplement de différents organismes animaux ou végétaux (diatomées, invertébrés, poissons et macrophytes) et d'analyses physico-chimiques sur un nombre limité de substances. Laboratoires de recherche et start-ups développent de nouveaux outils in vitro qui permettraient de mieux faire le lien entre la présence d'une substance dans le milieu (mesure d'une concentration) et ses impacts biologiques sur l'écosystème, notamment les effets à long terme et les effets cocktails de molécules. Certains industriels ou collectivités testent déjà ces outils pour le suivi des rejets de Step. Mais il existe encore un long travail de validation et de standardisation avant d'envisager leur intégration dans la surveillance réglementaire des milieux.