Les batteries « à flux », également appelées redox-flow, sont radicalement différentes des autres technologies. En effet, les électrolytes y sont stockés à l’extérieur, dans des réservoirs. La capacité de ces batteries ne dépend donc pas de leur taille, mais juste de celle des réservoirs : alors qu’une batterie classique de 1 MW peut stocker une heure de production d’une installation de 1 MW, une batterie redox-flow de même puissance peut stocker des dizaines, voire des centaines de mégawattheures. Elles sont donc idéales pour stocker de grandes quantités d’électricité, plutôt que pour des applications de puissance. Or, pour le solaire et l’éolien, il est parfois nécessaire de stocker la production pendant toute une journée, voire plus. Pour ce stockage de longue durée, les redox-flow pourraient donc devenir incontournables Des molécules biodégradablesLa société Kewwatt, à Rennes, a conçu un nouveau type de batterie à flux. « Habituellement, les électrolytes utilisés, à base de vanadium, sont très corrosifs, indique François Huber, fondateur et P-DG de Kemwatt. Les nôtres utilisent des molécules organiques biodégradables, bien plus douces vis-à-vis du matériel, avec une durée de vie plus longue. Et leur prix est inférieur. » Sa société a construit un prototype industriel de quelques kilowattheures, et en prévoit un de 20 kWh en container d’ici à la fin de l’année. Objectif : vendre ces batteries encore expérimentales à des producteurs d’énergie renouvelable souhaitant tester le modèle économique du stockage d’électricité. « Tester la rentabilité du photovoltaïque avec stockage ne se fait pas avec une calculette, souligne François Huber. Il faut expérimenter en faisant fonctionner les équipements pendant plusieurs mois. C'est l’ensemble de l’installation qui doit être testé. » D’ici deux à trois ans, François Huber prévoit un déploiement commercial avec des produits aboutis, entre 10 kW et 1 MW.Des rendements plus faiblesLe constructeur promet des durées de vie très longues, du même ordre de grandeur qu'un parc photovoltaïque ou éolien. Donc bien supérieures à celles des batteries lithium-ion. Les coûts sont certes actuellement plus élevés, mais « lorsque nous ferons des grandes séries, nous serons compétitifs avec les batteries lithium-ion, non seulement sur la durée de vie totale, mais également sur l’investissement », assure François Huber. En revanche, les rendements des redox-flow sont plus faibles, environ 75 %, car il faut alimenter les pompes faisant circuler les électrolytes.Les premiers marchés seront liés aux réseaux électriques défaillants ou limités. Par exemple, dans les îles et les pays en développement. Voire aux États-Unis, où le réseau est peu performant. « Le marché est encore restreint, mais sa croissance est très dynamique, conclut François Huber. Les énergies renouvelables deviennent compétitives dans de nombreux pays. Si on résout la question de l’intermittence, leur déploiement sera massif. »Cécile Michaut