Six ICPE sur dix larguent des substances per- et polyfluoroalkylées (Pfas) dans leurs rejets aqueux, met en lumière Générations futures à partir des données transmises à l’administration par les sites soumis à une campagne d’analyse. Au 25 mars 2025, 70 % des quelque 4 000 ICPE assujetties à l’arrêté du 20 juin 2023 avaient communiqué leurs résultats aux directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement. Soit 2 385 sites dont 59,6 % ont détecté des Pfas dans leurs rejets vers le milieu aquatique ou une station d’épuration urbaine (575 sites), « non conçue pour traiter les Pfas » souligne Pauline Cervan, chargée de projets en éco-toxicologie.
L’étude publiée ce 1er avril conclut à des émissions très faibles (< 1 microgramme (µg)/L ou < 0,1 g/j) dans l’immense majorité des cas. Reflétant vraisemblablement « la présence de Pfas dans l’eau prélevée pour le process industriel », avance Pauline Cervan. Mais une sous-estimation peut résulter des limites méthodologiques de la campagne d’analyse : seulement trois prélèvements obligatoires, sachant que la plupart se focalisent sur les 20 Pfas dont le suivi dans l’eau potable sera bientôt obligatoire et négligent les Pfas employés sur site. « Seules dix ICPE ont recherché le TFA, qui peut être utilisé comme matière première ou issu de la dégradation d’autres Pfas, relève Pauline Cervan. Peu se sont intéressées aux substances présentes dans les mousses anti-incendie. »
A 99 %, les Pfas issus des ICPE émanent de 146 sites (5,4 % de ceux ayant fourni leurs résultats). Avec des rejets de plus de 1 g/j et/ou des concentrations supérieures à 25 µg/L, valeur réglementaire aujourd’hui appliquée au seul Pfos - sur lequel 5 sites enregistrent des dépassements. L’association pointe aussi 79 sites douteux au regard de l’indicateur AOF (fluor organique adsorbable), « non spécifique aux Pfas : il peut capter des substances fluorées qui ne sont pas des Pfas et ne pas capter les Pfas à chaine (ultra-) courte comme le TFA », précise la toxicologue.
Parmi ce total de 225 sites, se distinguent trois profils d’activité : la synthèse de médicaments et de pesticides Pfas (tel le fipronil produit par BASF à Saint-Aubin-les Elbeuf, Seine-Maritime), le traitement des métaux et le recyclage-traitement des déchets. S’y ajoutent les sites utilisant des mousses anti-incendie.
La liste des « gros » pollueurs s’élargit ainsi à treize sites industriels (1). Dont l’usine pharmaceutique de Finorga à Mourenx (Pyrénées-Atlantiques), où une analyse complémentaire de TFA, ordonnée par l’administration, a révélé un rejet de 2,2 kg/j mi-octobre 2024. Malgré « un détournement préalable des effluents aqueux vers un incinérateur – et le transfert de pollution vers l’atmosphère ».
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Légende carte :
- Rouge : émissions > 25 g/j et/ou rejets concentrant plus de 200 µg/L
- Orange : émissions > 1 g/j et/ou rejets concentrant plus de 25 µg/L
- Jaune : pas de Pfas mesurés dans les rejets mais émissions de fluor organique adsorbable (AOF, dont des Pfas) > 500 g/j et/ou concentration > 500 µg/L.